Le problème, ce n’est pas que ce raisonnement soit absurde. Bien sûr, il paraît prudent, logique et raisonnable. Pourtant, sur le long terme, il peut coûter très cher. Derrière cette apparente prudence se cache une peur bien plus banale : celle de commencer.
Le mythe du bon moment
On imagine souvent qu’il existe un moment idéal pour entrer sur les marchés, et que les experts savent le repérer. Les chiffres montrent que ce moment reste introuvable, même pour eux.
Personne ne sait quand c’est le bon moment, même pas les experts
Il existe une idée largement répandue : les professionnels de la finance sauraient quand investir et quand attendre.
Les chiffres racontent une autre histoire. Selon S&P Dow Jones Indices (2025), sur dix ans, 84 % des fonds d’actions suisses gérés activement ont fait moins bien que leur indice de référence (le panier d’entreprises qu’ils cherchent à battre), et plus de 95 % des fonds d’actions européennes et mondiales.
Une réalité d’autant plus frappante qu’ils disposent de ressources considérables : équipes d’analystes, outils sophistiqués et accès permanent aux marchés.
À ce jour, aucune méthode n’a démontré sa capacité à identifier systématiquement le meilleur moment pour investir. Si les professionnels les mieux équipés n’y parviennent pas durablement, attendre le contexte idéal a peu de chances de devenir une stratégie efficace.
Ne pas décider, c’est aussi décider
L’inaction n’est pas une position neutre.
Chaque mois passé à attendre est un mois pendant lequel l’argent ne travaille pas. Selon MSCI, l’indice MSCI World, qui regroupe les grandes entreprises de 23 pays développés, a progressé en moyenne d’environ 9 % par an depuis fin 1987 (en dollars, dividendes réinvestis). Autrement dit, 1 dollar investi à l’époque en vaudrait environ 28 aujourd’hui, malgré les crises économiques, les krachs boursiers et les périodes de récession.
Attendre ne supprime pas le risque. Cela remplace simplement un risque par un autre : celui de manquer des années de croissance potentielle.
Pourquoi on attend vraiment ?
Si attendre coûte si cher, pourquoi est-ce si fréquent ? Ce réflexe porte un nom : la procrastination financière. Il repose sur nos émotions, mais aussi sur des biais cognitifs, bien connus en finance : ces raccourcis de pensée qui faussent nos décisions.
La peur de l’erreur irréversible
La plupart des investisseurs ne cherchent pas à maximiser leurs gains. Ils cherchent avant tout à éviter de regretter leur décision. C’est souvent là que naît la peur d’investir.
Dans une analyse publiée en 2026, Vanguard a imaginé l’investisseur le plus malchanceux possible. Depuis 1997, il a investi 45'000 euros en sept fois, à chaque fois juste avant une grande crise boursière. Résultat : fin mai 2026, il disposait d’environ 169'213 euros. Laissé sur un compte, le même argent n’aurait rapporté qu’environ 57'177 euros. Même en choisissant toujours le pire moment, il a presque quadruplé sa mise, simplement parce qu’il est resté investi.
La véritable erreur irréversible n’est pas d’investir au mauvais moment. La véritable erreur est de repousser la décision.
Le besoin de certitude dans un monde qui n’en offre pas
Beaucoup de personnes attendent que les marchés se stabilisent avant de commencer à investir.
Le problème est simple : ce moment n’arrive jamais.
Il y aura toujours une élection, une crise géopolitique, une récession annoncée ou encore une inquiétude économique. L’incertitude n’est pas une exception des marchés financiers. Elle fait partie de leur fonctionnement normal.
Le paradoxe de l’information
Nous avons aujourd’hui accès à davantage d’informations financières que jamais.
Pourtant, cette abondance d’informations ne facilite pas toujours la prise de décision.
Chaque expert a son analyse. Chaque prévision est contredite par une autre. Certains annoncent un rebond tandis que d’autres prédisent une chute imminente.
Sans méthode claire, accumuler des informations finit la plupart du temps par créer de la confusion plutôt que de la clarté.
Ce que les données montrent sur le timing
Au-delà des émotions, les chiffres permettent de mesurer ce que coûte réellement l’attente. Ils montrent aussi qu’il existe une façon simple d’investir sans avoir à deviner le bon moment.
Le coût réel de l’attente
Les meilleures journées boursières surviennent souvent pendant les périodes de forte volatilité, c’est-à-dire quand les prix varient fortement d’un jour à l’autre.
Les investisseurs qui quittent les marchés pour attendre des jours meilleurs risquent donc de manquer les rebonds les plus importants. Selon J.P. Morgan Asset Management (2026), sur les vingt dernières années, 6 des 10 meilleures journées du S&P 500 (l’indice des 500 plus grandes entreprises américaines) sont survenues moins de deux semaines après l’une des 10 pires. Or quelques journées exceptionnelles peuvent représenter une part significative de la performance totale d’un portefeuille : 10'000 dollars investis de 2006 à 2025 seraient devenus 80'619 dollars, mais seulement 35'866 dollars en manquant les 10 meilleures journées.
Cinq années d’attente peuvent sembler anodines aujourd’hui. Sur un horizon de vingt ou trente ans, elles peuvent pourtant représenter une différence considérable. Avec un rendement hypothétique de 5 % par an, 10'000 CHF placés pendant 30 ans deviendraient environ 43'200 CHF, contre environ 33'900 CHF s’ils ne sont placés que 25 ans.
Investir régulièrement plutôt que chercher le bon moment
Il existe une alternative simple au market timing, qui consiste à essayer de deviner le meilleur moment pour entrer ou sortir du marché : l’investissement progressif, aussi appelé DCA (Dollar-Cost Averaging).
Le principe consiste à investir une somme fixe à intervalles réguliers, indépendamment de l’évolution des marchés. Lorsque les marchés baissent, cette somme permet d’acheter davantage de parts et lorsqu’ils montent, les investissements déjà réalisés prennent de la valeur.
L’investissement en DCA est notamment l’approche utilisée par de nombreux investisseurs qui construisent progressivement un portefeuille composé d’ETF diversifiés. Si vous souhaitez comprendre ce que sont les ETF, notre article dédié pose les bases.
Comment sortir de l’attente ?
Sortir de l’attente ne demande ni un gros capital ni des connaissances d’expert. Deux leviers suffisent souvent : commencer avec un petit montant, et se donner un cadre clair.
Commencer petit, mais commencer
Le plus difficile n’est pas d’avoir le montant à investir : il peut être minime. Ce qui est compliqué, c’est de passer à l’action.
Investir 10 CHF aujourd’hui permet déjà de mettre en place une habitude et de commencer à profiter du facteur le plus précieux en investissement : le temps. C’est d’ailleurs pour cela que commencer tôt compte plus que commencer avec beaucoup.
Se donner un cadre plutôt qu’attendre des conditions parfaites
Le bon moment ne se trouve pas dans les actualités économiques.
Il se construit à travers une stratégie claire : définir ses objectifs, son horizon de placement, sa capacité d’épargne et son niveau de risque acceptable.
Lorsque ce cadre existe, les décisions deviennent plus simples. Elles dépendent moins de l’actualité et davantage de sa situation personnelle.
Conclusion
Le bon moment pour investir n’est pas une date inscrite dans le calendrier.
Les marchés seront toujours incertains. Personne ne sait prédire le bon moment, pas même les professionnels, et rester investi dans la durée compte bien plus que le jour où l’on commence. Attendre le bon moment pour investir figure d’ailleurs parmi les erreurs financières les plus courantes.
Pour faire un premier pas dès aujourd’hui, choisissez un petit montant que vous pourriez investir chaque mois sans vous mettre en difficulté, et notez la date à laquelle vous voulez commencer.
La seule chose que personne ne peut récupérer, c’est le temps déjà passé à ne pas investir.
Tout le reste peut s’ajuster.
Le temps, non.
Pour commencer : le Parcours Fondations de l’Académie, accessible gratuitement, vous aide à construire des bases solides avant d’investir.
Pour aller plus loin : le Diagnostic financier de l’Académie vous aide à faire le point sur votre situation et vos objectifs.
FAQ
Peut-on investir quand les marchés sont instables ?
Oui. Les marchés connaissent régulièrement des périodes de volatilité. Sur le long terme, la durée d’investissement et la diversification ont historiquement eu davantage d’impact sur les résultats que le contexte au moment de l’achat. L’important est d’investir de l’argent dont vous n’aurez pas besoin à court terme, pour pouvoir traverser les baisses sans devoir vendre.
Vaut-il mieux investir en une seule fois ou progressivement ?
Les deux se défendent. Quand on dispose déjà d’une somme, investir progressivement permet de réduire l’importance du timing d’investissement. Cette approche aide à lisser le prix d’achat dans le temps et peut être plus confortable psychologiquement pour de nombreux investisseurs. Selon Vanguard (2023), investir en une seule fois a toutefois fait mieux dans environ deux tiers des cas, car l’argent travaille plus tôt.
Qu’est-ce que le DCA ?
Le DCA consiste à investir un montant fixe à intervalles réguliers, par exemple 200 CHF chaque mois. Cette méthode permet d’investir régulièrement sans chercher à anticiper les mouvements du marché et favorise une discipline d’investissement durable. Elle s’automatise facilement avec un ordre permanent.
Comment investir sans attendre le bon moment ?
La meilleure approche consiste souvent à définir une stratégie claire puis à l’appliquer régulièrement. Attendre des conditions parfaites conduit fréquemment à reporter ses décisions pendant des mois, voire des années. Fixer à l’avance son montant, sa fréquence et son horizon permet de ne plus dépendre de l’actualité.
Est-il risqué de commencer à investir aujourd’hui ?
Comme tout investissement, il existe un risque de perte en capital. Cependant, rester constamment à l’écart des marchés peut également avoir un coût en faisant perdre du temps et des opportunités de croissance à long terme. Un horizon long et une bonne diversification permettent de mieux maîtriser ce risque.
⚠️ Avertissement important ⚠️
Les informations présentées dans cet article sont fournies à titre purement informatif et éducatif. Elles ne constituent en aucun cas une recommandation personnalisée, un conseil en investissement, une offre ou une sollicitation d'achat ou de vente de produits financiers.
Toute décision d'investissement doit être prise après une analyse approfondie de votre situation personnelle, de vos objectifs et de votre profil de risque, et peut nécessiter l'avis d'un conseiller financier agréé.
Les performances passées ne garantissent pas les résultats futurs. Les investissements comportent des risques, notamment le risque de perte en capital.