La prévoyance n'est pas un sujet réservé aux personnes de 45 ans qui commencent à s'en inquiéter sérieusement. C'est un sujet qui vous concerne dès votre premier salaire, même si la retraite elle-même semble appartenir à un futur très lointain.
Ce que beaucoup de jeunes actifs ne savent pas
Pour la prévoyance des jeunes actifs, deux points méritent d'être connus tôt : ce que l'AVS et la LPP couvrent vraiment, et la façon dont les lacunes se forment, parfois dès les études.
Ce que le système de base couvre vraiment
Sur une fiche de salaire, l'AVS et la caisse de pension ressemblent souvent à deux lignes abstraites, des pourcentages prélevés sans que l'on sache vraiment à quoi ils correspondent concrètement. L'AVS, le premier pilier, a pour objectif de couvrir les besoins vitaux à la retraite. La caisse de pension, le deuxième pilier ou LPP, vient s'y ajouter pour se rapprocher du niveau de vie que vous aviez en travaillant.
Selon l'OFAS, l'AVS et la LPP visent ensemble à remplacer environ 60 % du dernier salaire. Dans la réalité, ce taux peut toutefois varier fortement selon votre salaire, votre parcours professionnel et votre caisse de pension. L'écart avec le revenu perçu pendant la vie active peut donc être important, raison pour laquelle il est utile de s'y intéresser suffisamment tôt.
Les lacunes de prévoyance se construisent dès le début
Les lacunes de prévoyance ne prennent pas toutes la même forme. Une interruption professionnelle peut, par exemple, réduire l'épargne constituée dans le 2e pilier. Du côté de l'AVS, une lacune apparaît lorsque les cotisations d'une année manquent ou sont incomplètes, par exemple pendant des études si personne ne les a payées.
Selon le portail officiel ch.ch, une seule année manquante réduit la rente AVS d'environ 2,3 %, et seules les lacunes des cinq dernières années peuvent être rattrapées.
Remettre ces questions à plus tard fait d'ailleurs partie des erreurs financières les plus fréquentes. Ce ne sont pas de mauvaises décisions, mais des décisions qu'on ne prend jamais, faute d'y avoir pensé au bon moment.
Pourquoi commencer tôt change vraiment les choses
Le temps est l'atout principal des jeunes actifs. Commencer tôt joue de deux façons sur la prévoyance : par les intérêts composés, et par davantage d'années d'avantage fiscal avec le pilier 3a.
La logique des intérêts composés appliquée à la prévoyance
C'est sans doute l'argument le plus sous-estimé par les jeunes actifs. Une personne qui verse 5'000 CHF par an pendant 40 ans, avec un rendement moyen hypothétique de 4 % par an, pourrait constituer un capital d'environ 475'000 CHF à 65 ans. En commençant dix ans plus tard, avec les mêmes 5'000 CHF par an pendant 30 ans, le capital atteindrait environ 280'000 CHF.
L'écart est donc proche de 195'000 CHF alors que la différence de versements personnels n'est que de 50'000 CHF. Le reste provient du temps supplémentaire pendant lequel le capital a pu produire des rendements : plus un capital reste investi longtemps, plus les gains des années précédentes génèrent eux-mêmes des gains. Dix ans d'avance au départ valent bien plus que dix ans d'effort supplémentaire à la fin.
Cet exemple est purement illustratif, sans frais ni impôts. Un rendement de 4 % n'est ni garanti ni constant, et les rendements réels peuvent être négatifs certaines années. Un compte 3a rapporte d'ailleurs bien moins, 0,05 % chez PostFinance par exemple : viser davantage suppose d'investir en fonds, avec un risque de pertes.
L'avantage fiscal dès les premières années
Les cotisations versées au pilier 3a peuvent être déduites du revenu imposable, c'est-à-dire du revenu sur lequel l'impôt est calculé. Selon l'AFC, le plafond est de 7'258 CHF en 2026 pour les salariés affiliés à une caisse de pension, puis de 7'373 CHF dès 2027.
L'économie fiscale obtenue dépend du revenu, du lieu de domicile et de la situation personnelle, et peut donc varier fortement d'une personne à l'autre. C'est un avantage qui existe dès le tout premier versement, y compris avec un salaire d'entrée modeste, même s'il est alors plus faible. En échange, l'argent du 3a reste en principe bloqué jusqu'à la retraite, ce qui le distingue du pilier 3b, plus libre mais en général non déductible.
Les premières étapes concrètes pour un jeune actif
Pas besoin de tout régler en une fois. Trois gestes simples suffisent pour commencer : lire ce que l'on a déjà, ouvrir un 3a quand le budget le permet, et anticiper les périodes qui sortent de l'ordinaire.
Comprendre son 2e pilier
Avant même de penser au 3e pilier, la première étape consiste à regarder ce que l'on a déjà. Le certificat de prévoyance, envoyé chaque année par votre caisse de pension, indique le capital déjà accumulé et une estimation de la rente future. Beaucoup ne l'ont jamais ouvert, ou l'ont parcouru sans vraiment le comprendre.
Prendre dix minutes pour le lire donne une base concrète sur laquelle raisonner, plutôt que d'avancer dans le flou. Commencez par repérer quatre informations : votre avoir de vieillesse actuel, les cotisations versées, les prestations projetées à la retraite et les couvertures prévues en cas d'invalidité ou de décès.
Ouvrir un pilier 3a dès que possible
Beaucoup de jeunes actifs repoussent l'ouverture d'un pilier 3a en se disant qu'ils commenceront quand ils pourront verser le montant maximal. Il n'est pourtant pas nécessaire d'attendre de pouvoir verser le maximum pour commencer. Il peut s'ouvrir auprès d'une banque ou d'une assurance, deux formes reconnues par la loi qui n'engagent pas de la même façon.
Commencer tôt ne garantit pas qu'un petit montant versé pendant toute une carrière produira plus qu'un montant beaucoup plus élevé versé plus tard : le résultat dépend à la fois du temps, des sommes investies et du rendement obtenu. Au-delà des intérêts composés, commencer tôt permet aussi d'installer progressivement une habitude d'épargne.
Mais avant d'immobiliser une partie de son épargne sur le long terme, il reste important de conserver suffisamment de liquidités pour ses dépenses courantes, ses projets à court terme et les imprévus. Les premières décisions financières à 20 ans suivent d'ailleurs cet ordre : une réserve d'abord, le placement ensuite.
Penser prévoyance même dans les périodes atypiques
Un voyage prolongé, un emploi à temps partiel, un passage à l'indépendance : ces périodes ont toutes des conséquences sur votre prévoyance, qu'il vaut mieux anticiper plutôt que découvrir après coup. Cela ne veut pas dire renoncer à ces projets, mais les intégrer dans une réflexion plus large sur votre situation financière. Après un départ de Suisse, par exemple, on ne cotise en règle générale plus à l'AVS, sauf exceptions, ce qui peut créer des lacunes.
Conclusion
À 25 ou 30 ans, la retraite semble appartenir à un futur lointain, presque abstrait. Mais les décisions prises maintenant, même modestes, sont les fondations sur lesquelles se construit votre sécurité financière future.
Retenez trois idées. L'AVS et la LPP ne couvrent qu'une partie de votre revenu, et les lacunes se forment parfois dès les études. Le temps joue en votre faveur grâce aux intérêts composés. Et le 3a vient après la réserve pour les imprévus.
Pour faire un premier pas dès aujourd'hui, retrouvez votre dernier certificat de prévoyance et notez votre avoir de vieillesse actuel.
Chaque année compte, dans un sens comme dans l'autre.
Pour commencer : le Parcours Fondations de l'Académie, gratuit, vous aide à comprendre où vous en êtes et à poser les bases de votre organisation financière.
Pour aller plus loin : le Diagnostic financier de l'Académie vous aide à faire un premier point sur votre situation, sans engagement.
FAQ
À quel âge faut-il commencer à cotiser au pilier 3a ?
Vous pouvez ouvrir un pilier 3a dès que vous disposez d'un revenu soumis à l'AVS, ce qui peut être le cas dès un apprentissage. Plus vous commencez tôt, plus l'effet des intérêts composés peut jouer, à condition d'avoir d'abord une réserve pour les imprévus.
Que se passe-t-il si on ne cotise pas au pilier 3 quand on est jeune ?
Ne pas cotiser jeune réduit le temps pendant lequel votre épargne peut bénéficier des intérêts composés. Depuis 2025, la loi permet toutefois, sous conditions, de racheter plus tard les cotisations 3a manquantes, pour les années à partir de 2025 et sur dix ans au maximum. Un rachat ne recrée pas le temps de placement perdu.
Peut-on cotiser au pilier 3a si on est étudiant ou en stage ?
Oui, à condition de percevoir un revenu d'une activité lucrative soumis à l'AVS en Suisse, par exemple pendant un apprentissage, un stage rémunéré ou un job étudiant. Un étudiant sans revenu ne peut pas cotiser au 3a, même s'il paie la cotisation AVS minimale des personnes sans activité lucrative.
Comment lire son certificat de prévoyance ?
Cherchez d'abord votre avoir de vieillesse, puis la rente projetée à la retraite et les prestations en cas d'invalidité ou de décès. La loi oblige votre caisse de pension à vous informer chaque année sur vos droits, votre taux de cotisation et votre avoir. En cas de doute sur un chiffre, votre caisse peut vous l'expliquer.
La retraite suisse est-elle suffisante pour vivre confortablement ?
Pas toujours, et cela dépend beaucoup de votre parcours. L'objectif d'environ 60 % du dernier salaire reste indicatif : des lacunes AVS, un temps partiel ou un salaire bas peuvent réduire nettement ce que vous toucherez. Le 3e pilier permet de compléter cette prévoyance selon vos objectifs et votre situation personnelle.
⚠️ Avertissement important ⚠️
Les informations présentées dans cet article sont fournies à titre purement informatif et éducatif. Elles ne constituent en aucun cas une recommandation personnalisée, un conseil en investissement, une offre ou une sollicitation d'achat ou de vente de produits financiers.
Toute décision d'investissement doit être prise après une analyse approfondie de votre situation personnelle, de vos objectifs et de votre profil de risque, et peut nécessiter l'avis d'un conseiller financier agréé.
Les performances passées ne garantissent pas les résultats futurs. Les investissements comportent des risques, notamment le risque de perte en capital.